L’alternative concrète à un système moribond

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Jusqu’à très récemment, il aurait été impossible d’imaginer ce qui advient aujourd’hui avec la crise sanitaire du COVID-19: Chine et Cuba envoient des aides humanitaires à l’Italie, au coeur du vieux monde.

Tout le mal qu’on peut dire des États à gestion communiste a déjà été dit, malgré des relations économiques trés étroites, particulièrement entre la Chine et l’Occident: dans ces pays il n’y a aucune vie démocratique, on entend des rumeurs de mauvais traitements, ces peuples vivent la pauvreté et la misère comme une condition permanente, etc.. Mais maintenant «le Roi est nu». On constate que la Chine – aussi bien que Cuba ou le Venezuela – ne connaît pas de grave crise sociale, alors que les pays impérialistes vivent eux, une situation critique.

Ce qui se passe n’est pas un malheureux accident, mais bien la manifestation d’une impasse historique dans le mode de production capitaliste. Depuis 1989, la croissance s’est fondée sur deux lignes principales: la colonisation – politique, économique mais aussi physique – du monde vaincu et la suppression de tous les droits et des conquêtes sociales remportées par le mouvement ouvrier du second XXe siècle. La destruction systematique de la Santé, de l’Éducation nationale, du Welfare a constitué une revanche contre les classes subalternes.

Aujourd’hui, il n’y a plus beaucoup de marges pour croître encore et la crise, ironiquement, se manifeste là où il semblait que les problèmes étaient éloignés, dans ces pays qui ont eu la prétention de déterminer le destin de l’humanité. Trente ans se sont écoulés depuis 1989, et dans l’Histoire trente ans peuvent être une période de changements visibles pour tous, depuis les lacunes d’un modèle social injuste jusqu’à une impasse internationale qui est remise en question.

Donc l’ennemi que l’on croyait détruit, qui a été criminalisé et raillé par les classes intellectuelles occidentales, n’est pas mort. Aujourd’hui il n’est plus tant la “prise du palais d’Hiver”, c’est-à-dire une grand révolution, qu’une alternative concrète à un système financier et économique qui sait vivre uniquement en cannibalisant sa dimension sociale. On voit un exemple de cette cannibalisation précisément dans la destruction des systèmes de santé de base, au profit des entreprises privées.

Bref, les pays qui se disent encore communistes et qui représentent une part non négligeable du monde, nous montrent qu’ils ont la force de se battre avec un grand esprit collectif contre des urgences majeures. Ce sont les même urgences face auxquelles les États d’Occident ne peuvent que se rendre, car les intérêts privés et financiers sont les plus importants à protéger.

Il ne faut créer aucun mythe de la patrie du socialisme, cela est inutile. Cependant il est important de souligner que le processus de changement radical et total, commencé il y a un siècle en Russie, est loin d’avoir épuisé sa poussée propulsive. L’Histoire n’est pas finie. Ce processus historique a bien appris des dures leçons de la réalité et il a évidemment changé ses formes et ses modalités, donc nous remarquons différentes approches pays par pays. Mais il est toujours le même et maintenant se présente à nouveau comme une alternative dans un tournant stratégique.

L’actuel virage stratégique – égal par sa dimension historique à celui des années 90 mais politiquement de sens opposé – confirme certains points de vue marxistes relatifs au développement du capital.

D’abord, il faut dire qu’il est impossible de gérer la mondialisation avec la logique du profit privé, car cette logique reproduit en son sein compétition et conflit entre tous les acteurs intéressés. Cette compétition capitaliste transforme les potentialités de développement des forces productives en éléments négatifs, contraires à l’intérêt général de l’humanité.

Voici les caractéristiques de notre prèsent: destruction de l’État social, qui est un acquis du mouvement de classes du XXe siècle, appauvrissement des classes sociales subalternes dans leur condition générale et à travers les salaires particuliérement, dévastation de l’environnement car le profit économique prédomine, destruction systématique de la condition naturelle pour la reproduction de l’humanité. Ça n’est pas le pire des cauchemars, mais le monde où nous vivons.

Dans ce cadre, les narrations idéologiques dominantes viennent également à manquer, c’est-à-dire que la façon biaisée dont la population regarde le monde commence soudain à changer. On nous a dit qu’il fallait avoir moins d’État et plus de marché, et nous avons aussi trop entendu la légende de la fin de l’Histoire, car le capital était censé être le dernier horizon de notre humanité.

Ce qui se passe nous donne des leçons, démentant la construction culturelle occidentale.

En premier lieu, l’État n’est pas forcément un instrument d’oppression des peuples: au contraire, il peut être un outil d’émancipation contre toutes les logiques privées. Nous savons que lorsqu’il y a la logique privée sur le plan économique, il y a individualisme effréné sur le plan culturel: la guerre de tous contre tous.

Aujourd’hui, cette maladie s’oppose très fortement à la réalité, qui nous montre sans doute que l’individualisme est un poison très dangereux pour la collectivité, en particulier dans une société complexe comme celle où nous vivons.

Deuxièmement, il est juste de dire que le libre marché n’est pas qu’une imposture créée par les classes dominantes. S’impose donc la nécessité de la planification de l’État comme instrument pour une croissance équilibrée d’une société évoluée, bien qu’elle soit encore aujourd’hui blessée par les logiques malades du marché et de l’individualisme.

Il est important de préciser que nous ne sommes pas en train d’assister à l’affirmation du communisme du XXIe siècle, la route sera encore longue et périlleuse. Ça n’est donc pas l’actualité. Ce que nous pouvons affirmer à l’heure actuelle, c’est qu’on entrevoit un revirement, l’affirmation d’une nécessité objective. En arrière-plan, l’Histoire marche toujours et il est impossible de l’arrêter.

Qui a résisté pendant les dernières décennies, qui n’a pas effacé sa vision du monde, qui n’a pas cédé aux flatteries du pouvoir, qui a continué son travail politique dans une société en changement radical, peut désormais faire valoir l’orgueil d’être communiste. Il nous faut continuer notre activité pour une perspective de transformation sociale, pas parce qu’aujourd’hui le changement est plus facile, mais plutôt parce qu’il est plus crédible.

À notre avis, cette transformation sociale est intimement liée à la rupture de la cage européenne – sortie de l’Union Européenne – et à la construction d’un espace commun euro-méditerranéen qui unisse ses perspectives à celles des pays antagonistes au système de développement capitaliste.

Depuis longtemps, nous soutenons cette position, qui hier avait l’air d’être velléitaire, mais qui aujourd’hui peut trouver des confirmations dans la crise systémique actuelle. Ce tournant se présente d’abord comme une crise sanitaire. Or, il est en réalité beaucoup plus profond.

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